Rapport de l’Académie de Médecine sur la formation médicale initiale du 25 février 2025

Le 25 février 2025, l’Académie de Médecine (AM) a publié un rapport sur l’état actuel et les potentielles pistes d’amélioration de la formation médicale initiale en se basant sur 64 interviews menées auprès de différents acteurs médico-sociaux, syndicaux, associatifs etc. Celui-ci fait suite aux nombreuses réformes qui ont récemment été implémentées à tous les niveaux des études médicales mais aussi à l’évolution rapide des besoins et pratiques en santé. Ainsi, l’Académie de Médecine propose-t-elle de simplifier, raccourcir, professionnaliser, humaniser et apprendre à partager, aux moyens des évolutions suivantes : 

1. Créer une Licence santé (3 ans)

La réforme PASS/LAS n’a pas atteint les différents objectifs qui lui avaient été assignés. En effet, en plus de maintenir de fortes disparités entre les UFR mais également entre les voies d’accès, la complexité de la réforme est à l’origine d’un mal-être pour les lycéen.nes et les étudiant.es. Par conséquent, l’AM recommande la création d’une licence santé commune aux professions médicales comprenant 50% d’ECTS dans des domaines médicaux et 50% d’ouverture à d’autres champs disciplinaires au choix des étudiants et en fonction de l’offre locale et des possibilités des universités. Ainsi, l’AM souhaite réduire l’importance des disciplines fondamentales (physique, chimie…) au profit d’une diversification des connaissances avec des disciplines comme la biologie mais également l’économie, le droit, l’éthique, les outils du numérique etc. en santé. La fin de la 1ère année serait marquée par un examen écrit ainsi qu’un oral visant à évaluer la motivation, les capacités relationnelles, décisionnelles et critiques, des étudiant.es sélectionné.es. Cet examen et oral seraient également accessibles une 2ème fois en 2ème année de licence. Puis, la 3ème année ferait l’objet d’une éventuelle réorientation le cas échéant. Par ailleurs, L’AM se positionne contre une augmentation du nombre d’étudiant.es en médecine de plus de 10%.

Par ailleurs, l’AM souhaite accroître l’importance de la prévention et recommande ainsi d’étendre à 4 semaines le stage de Service Sanitaire et d’élargir les terrains de stage disponibles (ex : ARS, EHPADs, HAS, …).

Finalement, ce diplôme de licence autoriserait l’exercice en sciences infirmières, en orthoptie, en orthophonie et en manipulation radiologique, et ouvrirait également la porte aux masters comme pour les autres disciplines dont la médecine. Notons que cette licence unique est pensée pour susciter l’intérêt dans des disciplines médicales méconnues comme l’a été la PACES lors de sa création.

2. Créer un Master de Médecine (2 ans)

Le master de médecine, d’une durée de 2 ans, correspondrait aux actuels Diplôme de Formation Avancée en Sciences Médicales 1 et 2 (DFASM1 et DFASM2). À l’instar du DFASM actuel, ce cycle comporterait des stages en milieu hospitalier, mais également en maison de santé pluridisciplinaire.

3. Accès au 3e cycle

L’AM préconise un accès au 3ème cycle basé sur le classement des EDN et des points de parcours, en excluant les ECOS. En effet, d’après l’AM, les ECOS seraient peu reproductibles et homogènes et ne devraient donc intervenir que dans les conditions de validation et non dans le classement. 

Concernant le choix de spécialité/division, l’AM se positionne en faveur de l’introduction d’une proportion de régionalisation de l’internat afin de limiter les départs contraints et de faciliter l’attachement au territoire d’origine dans une optique de réduction des déserts médicaux. Ce système coexistait avec le système actuel dit “au mérite”. La contribution de l’AM ne fournit cependant pas de détail sur la manière de procéder à ce type de matching. 

4. Créer un Doctorat de Médecine

Finalement, ce nouveau 3ème cycle correspondrait à un Doctorat de Médecine d’une durée de  4 à 5 ans, portant la durée totale des études médicales à 9-10 ans comparée à 10-12 actuellement. 

L’AM préconise la refonte du système de l’internat jugé sur-spécialisant et pas assez complet au regard de la diversité des compétences extra-médicales nécessaires à l’exercice de la médecine. La 1ère année de celui-ci serait marquée par une formation polyvalente commune à tout.es les étudiant.es et par le choix de la spécialité sur base du seul classement EDN, avec des ECOS validants.

Les étudiants “[préciseront] au fur et à mesure de [leur] stages d’interne de 6 mois la spécilité qu’[ils] exercer[ont]”. Les étudiants choisiraient une “grande filière de spécialité” telle que spécialité d’organes, chirurgie ou soins critiques, puis se spécialiseraient au fur et à mesure. Il est proposé que les étudiants aient 2 droits au remords dans un délai de 6 ou 12 mois pour se réorienter dans une autre grande filière.

À l’instar du système actuel, il sera nécessaire d’avoir obtenu un DES et une thèse de Doctorat de médecine pour pouvoir s’inscrire à l’Ordre des Médecins.

5. Evolution du système de HU post-internat

La formation médicale initiale décrite ci-dessus pourra être suivie d’un clinicat dans sa spécialité (poste de CCA-AHU) pour une durée de 2 ans renouvelables. L’AM plaide pour une revalorisation salariale tenant compte de l’investissement hospitalier et universitaire, pour une sanctuarisation d’un temps dédié pour les missions universitaires et pour un accompagnement pour celles·eux souhaitant continuer une carrière HU. L’ouverture de ces postes devra répondre aux besoins en formation et recherche tout en laissant une marge de manœuvre aux UFR. Par ailleurs, l’AM insiste sur la nécessité de conserver, renforcer et valoriser les missions HU indispensables à une formation médicale de qualité. 

6. Autres informations

Tutorat rémunéré. Dans ce rapport, l’AM propose de favoriser les liens entres les promotions par un système de tutorat entre des étudiants en Licences de Santé (tutorés) et des étudiants en Master de Santé (tuteurs) rémunérés 400€ par mois pendant 4 mois à raison de 6h de tutorat par semaine.

CESP. Dans ce rapport, l’AM fait état d’autres propositions non développées ici comme le soutien (financier) du tutorat étudiant, l’ouverture du Contrat d’Engagement de Service Public (CESP) à partir de la 2ème année, ou encore l’accroissement des moyens matériels et humains dans les UFR, CHU et autres structures de formation. 

Association Nationale des Doubles Cursus en santé
Fondation pour la Recherche Médicale, 54 rue de Varenne, 75007 Paris FRANCE